Sa chambre rouge / mon espace bleu / by Camilo Agudelo

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En règle générale, je trouve quelque chose quand je suis en train de cherche une autre  : des fois, les choses ne se présentent pas dans le lieu ni au moment où nous les attendons. Dans un endroit sombre et noir, on peut trouver une chambre rouge, tiède, agréable et lumineuse. 

Les lieux de drague sont habituellement des endroits obscurs et souterrains : comme des espèces de grottes sans lumière et loin de la vue des curieux. Pour y être, il faut vouloir y être.

Il y a quelques semaines, dans un de ces endroits souterrains, j’ai connu un être qui, loin d'être le cliché imaginaire des personnages qu'on imaginerait-là, était le porteur d'une lumière rouge, tiède, agréable et lumineuse.

Avec la décodification de ses gestes, propres à ces endroits de drague, il m’a donné l’information nécessaire pour me faire comprendre qu’il voulait passer un moment avec moi. En bref, on allait avoir du sexe.

 Notre rapprochement a vite passé du sexe à la tendresse, dans ces endroits dépourvus de charme et d’infrastructure adéquate, la tendresse est une qualité difficile à partager, mais même dans cette pièce lugubre, que beaucoup des personnes qualifieront de « glauque », on a trouvé le moyen pour se donner de la tendresse.

 Une deuxième rencontre avec cet être a eu lieu chez moi une après-midi. Rarement, dans un hiver genevois, il y a du soleil, mais ce jour-là, l’astre avait décidé de nous accompagner. La lumière traversait les rideaux blancs de mon appartement et donnait une atmosphère très apaisante à mon espace. Dans mon lit, cette être m’a partagé une histoire de son enfance.

 Quand il était petit, un rêve venait souvent se glisser dans ses nuits de sommeil. Il rêvait dans son rêve qu’il croisait une personne, cette personne le regardait dans les yeux, lui à sa place fixait aussi le regarde de l’autre. Avec les regards fixes, Il l’approche, et lui glisse lentement sa main à l’intérieur de sa poitrine. Le corps physique de cet autre être ne posait aucune résistance à sa main, qui se glissait dans ses entrailles, donc, il rentrait dedans, dans un espace rouge, tiède, agréable et lumineux. À l’intérieur de cet espace, il y a un lit, dans ce lit, il se couche, dans ce lit, il s’oublie et dans ce lit, il s’endort. Loin de tout le monde, mais à l’intérieur d’un autre être, il trouve le sommeil.

Son rêve d’enfant à fait éco avec un rêve que j’ai vécu dans mon enfance en Colombie. Dans le pays de mes rêves, je me trouvais chez moi. Ma famille et moi partagions un repas lorsqu’un bruit assourdissant nous a fait monter à la terrasse de la maison pour regarder sa source. Face à nous, la terre explosait. Face à nous, l’apocalypse chrétienne de mon éducation. Face à nous, la fin du monde dont les témoins de Jehova nous parlaient. L’image de mon rêve ressemblait à l’image très présente dans les livres religieux qu’on avait à la maison. Le moment de règlement de comptes final et de justice divine. 

On est descendu les étages à toute vitesse pour se trouver dans un refuge imaginaire au sou-seul de la maison. Cette cave imaginée, creusée dans le rocher à coups de pioche, était recouverte de cristaux de toutes les couleurs qui brillaient très fortement grâce à une source de lumière inconnue. Ma famille criait angoissée face au bruit de la fin du monde ; moi, j’avais mes yeux ouverts, dilatés et fascinés pour cette dernière scène. Après cela, le noir et le silence. Seulement mon oreille gauche gardait un son très aigu venu du plus profonde de ma tête. Le bruit pour accompagner le silence de la fin du monde. Le bruit de l’électrocardiogramme au moment de sa propre mort.

Dans mes nuits adultes de réflexion, je cherchais à trouver l’espace rouge que cet être avait vu dans son enfance. Je voulais savoir si mon imagination pouvait recréer cet espace imaginaire de détente réelle. 

J’ai réussi à le trouver. Mais à la différence de l’espace rouge, tiède, agréable et lumineux que l’enfant de cet être avait vu, mon espace est bleu. Un bleu profond et brillant, plus brillant que la grotte imaginée dans le pays des rêves de mon enfance. À l’intérieur ce mon espace, un lit. Je me couche dans ce lit, et dans ce lit je m’oublie, et dans ce lit je dors.

L’enfant à lui dort dans la chambre rouge, qui est le même endroit bleu où je dors maintenant.

Camilo Agudelo, Avril 2017